Qu’est-ce que le Primordial ?

Par primordial est entendu l’état initial ou l’état premier vers lequel retourne la nature quand elle n’est plus gérée par l’homme. Jusque-là, le mot naturel peut suffire pour dire la même chose. Mais le mot primordial insiste davantage sur la dimension archétypale que recèle cette nature sauvage – en particulier une forêt naturelle – lorsqu’elle est rendue à un oubli multiséculaire. Il s’agit dès lors d’un monde qui renvoie entièrement notre conscience aux processus et aux principes premiers qui l’animent, tout cela dans le plus grand silence en regard de toutes les influences, les mentalités et les impacts des êtres humains.

Il s’est instauré dans la notion de nature primordiale, cette reconnaissance de lieux échappant à tous les conditionnements psychologiques de l’homme sur l’homme. D’où, sous le terme de primordial, l’appel à une prépondérance. En effet, il est prépondérant de préserver dans une proportion importante, une certaine quantité d’espaces naturels échappant à tous ces conditionnements, cela par-delà les seuls critères de préservation de la biodiversité.

La notion de primordialité établit une valeur de référence concernant tous les milieux naturels – et quelquefois des milieux artificiels quand ils sont inspirés. Cette qualité leur confère le pouvoir de nous sortir des conditionnements de l’homme sur l’homme, pour nous amener à prendre conscience du fait que la plupart des environnements artificiels et virtuels façonnent de manière réductrice nos sensibilités et nos esprits.

Face à tout ce que nous transformons au sein de nos paysages, cette valeur de référence est proposée comme « diapason », pour que nous puissions rester reliés à ce qui caractérise le monde dans son essence première et dans ses principes d’équilibre. Les médias aussi, nous enveloppant dans leurs mondes virtuels, conditionnent considérablement nos sensibilités et nos pensées. D’où l’urgence et la nécessité que ces médias aussi entrent dans une conscience de la primordialité, pour que nous puissions nous tenir dans un éveil relié.

Le livre Nature primordiale, des forêts sauvages au secours de l’homme, aux éditions Apogée, décrit tout particulièrement les impressions, sensations, sentiments que nous pouvons vivre dans des forêts sauvages, et que nous méconnaissons dans nos villes, nos campagnes et mêmes dans nos forêts exploitées. Il témoigne en quoi l’expérience de chaque perception sensible suscitée, nous sort d’un conditionnement psychologique.

L’appellation Forêt primordiale fut d’abord énoncée en tant que titre de livre paru aux éditions Instant présent, en 1996, puis réédité dans une version transformée aux éditions Apogée, en 2008. Ce titre fut initialement un terme de communication avant de se remplir d’un sens propre, d’une prise de conscience qui revisite complètement l’appellation au fil du temps. Des forêts dites primitives ou primaires, en toute rigueur scientifique, on ne peut plus dire qu’il en existe en Europe. Si elles avaient existé encore, il aurait pu s’agir bien sûr de forêts primordiales au sens où l’entend l’auteur.

Derrière la notion de primordialité, s’entend aussi la notion d’humain primordial, c’est-à-dire tout ce qui dans l’humain échappe aux conditionnements psychologiques et sociaux, quelque soit le degré de civilité. En ce sens, il est bien entendu que l’humain primordial n’a rien à voir avec « l’humain primitif ». Il va de soi, sous le vocable de  primordialité que « l’humain primordial » et la « nature primordiale » se favorisent mutuellement, et que si l’humain perd contact en lui même avec sa dimension primordiale, il dégrade d’autant le caractère primordial de la nature.

Le primordial, à travers les étoiles, les planètes, le rocher, la plante, l’animal, l’humain : c’est l’universalité de notre origine toujours présente à travers tous les stades de transformation du monde…

Toutefois, parler du Primordial, de nature primordiale, ou d’humain primordial, est une intention très délicate et risquée, en ce sens que tout ce qui est « primordial » précède les représentations que nous nous en faisons et de nouveau, nous échappe dans sa nature indicible.